ROMAIN FROQUET

 

ROMAIN FROQUET

Les œuvres de Romain Froquet sont une invitation à la fantaisie et à la singularité issues de son propre subconscient. Froquet, artiste autodidacte, dirige sa passion pour le dessin vers des médiums divers sans préjugés. Il est aussi à l’aise en faisant de la peinture sur chevalet que dans la rue, recouvrant les murs des quartiers perdus et lugubres de la ville ou créant des œuvres in situ. Il désire s’exprimer avec ou sans public, en choisissant parfois des zones urbaines obscures pour habiller les murs de ses représentations arboriformes délicates qui donnent de la couleur et de la joie à un décor autrement maussade. Ni la surface ni la visibilité des installations n’ont d’importance. Il se présente ici comme un artiste éphémère et un interprète –c’est son processus qui devient primordial et non l’affichage public en soi.

L’œuvre de Froquet est une condensation de complexités. Son combat constant pour concilier l’abstrait et le figuratif le pousse vers un état d’esprit quasiment surréaliste où l’accomplissement de l’œuvre d’art n’est plus le but primordial mais le véhicule pour un motif ultérieur. Ce dernier mouvement, motif de sa quête, devient un canot de sauvetage qui le transporte sans cesse vers de nouvelles expérimentations. Chaque nouveau dessin, peinture ou intervention éphémère devient la relique qui nourrit et préserve la recherche, la gestuelle et l’expérience. A chaque nouvelle pièce naît un espoir de renouvellement, un pèlerinage artistique aboutissant à un résultat toujours sujet aux aléas de tous les éléments combinés –l’orage parfait. Il est tourmenté par son désir de liberté vis-à-vis de la rigueur classique ; cela se reflète dans ses dessins manga colorés, qu’il marie délicatement à la stylisation d’éléments figuratifs. Froquet reste, néanmoins, fidèle à l’exactitude et à la perfection dictées par les architectures et les relations spatiales. Son état émotionnel, son inspiration et le besoin constant de gestuelle, de ligne et de mouvement continuel rappellent les abstractions nerveuses et excitées de Pollock et de Riopelle.

Les références abondent dans les œuvres d’art créées par ce jeune autodidacte possédant une âme ancienne. C’est pourtant l’œuvre d’Arshile Gorky que je retrouve le plus clairement imprégnée dans son trait. Gorky insista sur la projection d’idées de son passé et de son histoire personnelle à travers une technique novatrice à une époque où l’on croyait avoir tout dit sur l’abstraction. Il n’avait pas peur de référencer et de réinventer des styles et des traits anciens de ses contemporains tels Pollock et De Kooning. Il a clairement exprimé sa pensée dans ses nombreuses citations : « L’abstraction permet à l’homme de voir avec son esprit ce qu’il ne saurait voir physiquement avec ses yeux… L’art abstrait donne à l’artiste le pouvoir de percevoir au-delà du tangible, d’extraire l’infini du fini. C’est l’émancipation de l’esprit. C’est une explosion vers des territoires inconnus. »

Face à une telle implosion de styles et de références, le spectateur sent, dans l’œuvre de Romain Froquet, un respect et une compréhension envers ce qui a fait le passé, et, principalement, envers ce qu’il adviendra. C’est une doublure précise, parfaisant et enrichissant ses œuvres au travers des forces et des faiblesses de l’histoire de l’art passée et actuelle. Néanmoins ses créations sont les culminations de son propre patrimoine artistique, de sa persévérance, d’une production prolifique et d’une autocritique sincère. Romain Froquet apporte à l’art une proposition nouvelle qui mérite d’être suivie de près, et poursuit dans ce processus sa propre bataille personnelle entre le geste et la ligne. Cela ne sera pas facile, soyons-en sûrs, mais sans bataille point de vainqueur. Qui a dit cela déjà ?

Yvonamor Palix